Mémorandum pour la préservation du Chant des Cailles

Nous demandons au futur gouvernement de préserver le projet de La Ferme du Chant des Cailles dans son entièreté.

Le 26 mai nous votons. Les partenaires du prochain Gouvernement devront alors se mettre d’accord sur la Déclaration de Politique Générale pour les 5 années à venir.

Nous souhaitons leur rappeler l’importance du projet de la Ferme du Chant des Cailles et leur demander la préservation du projet dans son entièreté.

En effet à ce jour un programme de construction menace toujours le champ.


“Mesdames, Messieurs les puissants, ne perdez pas de vue le rôle solidaire des filières alternatives, sans cohésion sociale, vos villes durables n’ont aucune chance”. Orsenna & Gilsoul, Désir de ville (2018)

Parce que La Ferme du Chant des Cailles est un modèle exemplaire d’agriculture urbaine grâce à :

  • son modèle économique de proximité, social, coopératif, circulaire et durable, ne dépendant pas de subsides structurels (13 emplois)
  • son modèle d’alimentation durable
  • son modèle d’agriculture agro-écologique sur petite surface
  • son mode de fonctionnement démocratique et participatif
  • sa participation citoyenne hors norme
  • son travail de cohésion sociale dans le quartier, sa dynamique interculturelle et intergénérationnelle
  • son développement exponentiel d’activités
  • le tout réalisé en à peine 6 ans d’existence

Nous demandons au futur Gouvernement de préserver le projet de La Ferme du Chant des Cailles dans son entièreté et donc :

  • de soutenir le projet d’agriculture urbaine développé actuellement dans son plein potentiel
  • d’abandonner le programme actuel de construction sur le champ sis avenue des Cailles à Watermael-Boitsfort
  • de pérenniser son accès à la terre par l’inscription de son activité d’agriculture urbaine dans les plans réglementaires

La Ferme du Chant des Cailles : un projet d’agriculture urbaine, participative et écologique

La Ferme du Chant des Cailles a pour but de s’inscrire dans la mise en œuvre d’une agriculture agro-écologique urbaine, de proximité, créatrice d’emplois et de biodiversité, ainsi que dans la volonté de sensibiliser et contribuer à l’éducation à l’agro-écologie et à l’alimentation saine et durable.

Grâce au soutien du Logis, société coopérative de logements sociaux, propriétaire du lieu, qui a mis à titre précaire et gratuitement ce terrain à la disposition de citoyens et professionnels motivés, le champ des Cailles, encore en friche en 2012, accueille aujourd’hui l’asbl de la Ferme du Chant des Cailles et ses pôles d’activités florissantes.

Ces activités ont permis de créer 13 emplois et la Coopérative du Chant des Cailles réunissant 175 coopérateurs détenant l’entièreté de l’outil de production des pôles professionnels.

Trois pôles professionnels :

  • Les Maraîchers du Chant des Cailles : fournissent annuellement 388 personnes du quartier en légumes frais sans pesticides et produisent des fleurs à couper, le tout récoltable directement sur le champ (5 emplois);
  • Le Bercail : élevage de 42 brebis laitières et d’une 60aine d’agneaux. Une production de 30.000 fromages et yaourts, 9.000 boules de glace, 1.500l de jus de pomme par an, ainsi que des colis de viande et de la laine. A cela s’ajoutent des brebis éco-pâtureuses entretenant des espaces verts privés et communaux (6 emplois);
  • Les Aromatiques du Chant des Cailles : 2 personnes développent la production et la transformation d’herbes aromatiques, ainsi que des animations dans le quartier autour de leur production (2 emplois).

Deux pôles citoyens :

  • Le Jardin Collectif : environ 70 citoyens qui se partagent la gestion du Jardin dans un esprit de convivialité et d’échange de savoirs, avec la volonté de cultiver dans le respect du sol et de la biodiversité;
  • Le Quartier Durable : groupe d’habitants organisant des activités autogérées par et pour les habitants du quartier, allant de l’organisation de fêtes,  la création de poulaillers collectif à l’ouverture d’une épicerie participative. (300 participants).

Un grand nombre d’activités sont organisées conjointement par certains ou l’ensemble de ces pôles, que ce soit avec une visée pédagogique ou une volonté d’ouverture au quartier et de cohésion sociale.

Ainsi, on peut citer :

  • Les activités pédagogiques qui consistent en l’accueil de classes pour des activités sur le Chant des Cailles mais aussi en l’accueil de groupes d’enfants et d’adultes tout au long de l’année. Les objectifs principaux de ces visites sont l’éducation à l’environnement, à la biodiversité et à l’agriculture urbaine, avec le lien entre l’élevage et le soin à la terre nourricière ;
  • L’accueil au sein des pôles professionnel de personnes fragilisées par un handicap mental, par des événements de vie, burn-out… ;
  • Les visites et animations pour adultes, associations, concepteurs urbains,… ;
  • Les événements ponctuels tels que les fêtes de la FCC, les transhumances, la fête de la courge co-organisée avec le plan de cohésion sociale du Logis-Floréal, etc.

En créant des synergies entre des activités professionnelles et citoyennes, elle s’inscrit dans une perspective de relocalisation de l’économie, d’ouverture sur le quartier, de participation aux questions relatives à la vie du quartier, à l’alimentation durable, ainsi qu’à la protection de l’environnement.

La réussite et l’exemplarité du projet global reposent sur la complémentarité et l’interdépendance des différentes activités sur le champ. Amputer le champ d’une de ces activités, c’est lui ôter sa singularité et sa force.

Des activités génératrices de cohésion sociale

Les projets d’alimentation durable et l’agriculture urbaine développés au sein de la Ferme jouent un rôle essentiel en termes de création de liens et de solidarité.

En l’espace de seulement 6 années, le champ est devenu un lieu ouvert sur le quartier, où se côtoient des personnes de toutes origines, de tous milieux sociaux et de tous âges. Chacun peut venir s’y ressourcer, s’y reposer, s’y rencontrer, s’y promener. Le champ est un lieu de détente, un lieu de convivialité qui renforce la cohésion sociale dans le quartier.

Le projet contribue de manière remarquable à la mixité sociale, économique et intergénérationnelle. Il rapproche des groupes sociaux éloignés socialement et financièrement dans une commune dont 18% des logements sont des logements sociaux (la moyenne régionale se situe à 7%). Cette belle réalisation bénéficie également d’une reconnaissance qui dépasse le quartier.

Des partenariats ont été tissés avec le Logis-Floréal, la Maison de Quartier, le CPAS, les responsables du Plan de Cohésion Sociale, le centre culturel de “La Venerie”, les écoles et les associations de quartier. Tous ces acteurs collaborent à la création d’événements festifs, intergénérationnels, culturels ou pédagogiques,  ainsi qu’au travail d’éducation et d’éveil à la nature.

Les multiples activités développées par la Ferme du Chant des Cailles en font un lieu autour duquel la cohésion sociale se développe naturellement et sans aucun denier public.

Au fil des années, le projet rassemble de plus en plus de participants et de sympathisants, majoritairement de la Région bruxelloise (3375 abonnés à la newsletter). Le projet est aussi reconnu internationalement comme en témoignent les nombreuses demandes de visites  d’universités ou d’organismes reconnus.

Il s’ensuit que le projet de la Ferme dispose d’un large réseau, de relais importants (multiples compétences à disposition par les utilisateurs du projet) et d’un soutien exceptionnel facilitant la création de nouveaux projets et leur poursuite de façon autonome.

En témoigne l’exceptionnelle réactivité de notre réseau pour faire face à l’incendie qui a ravagé une serre et une grosse partie de notre matériel. En deux semaines, la Ferme avait reconstruit sa serre grâce à près de 130 bénévoles se relayant sur le champ et les pertes financières dépassant les 21.000euros ont été entièrement couvertes par des dons.

Malgré l’exemplarité de ce projet vivant et porteur, il reste menacé par un programme de construction de 70 nouveaux logements.

Si le champ devait être réduit à 2/3 de sa superficie, son caractère exceptionnel à savoir l’interdépendance et la complémentarité des nombreuses activités mises en place dans un esprit de coopération citoyenne serait compromis faute d’espace alors que le nombre de bénéficiaires des activités et des produits du champ croît de façon exponentielle.

Si la Ferme était amputée d’une partie de ses espaces de production, elle se limiterait à un ersatz de Ferme. La Région perdrait ainsi l’occasion de disposer d’un site exemplatif d’agriculture urbaine où production alimentaire et initiatives citoyennes se construisent en synergie.

En outre, tout un quartier en perte d’espaces verts (voir les 4 chantiers prévus par le Plan Logement communal dans les quartiers Archiducs et Trois Tilleuls) clame son besoin de garder des lieux de respiration, de rencontres, de vie et d’éducation à l’environnement tel que la Ferme le propose. Les 800 nouveaux habitants auxquels s’ajouteront ceux qui occuperont les logements rénovés à Floréal seront également heureux d’en bénéficier.

L’intention du Gouvernement Régional était de « créer » sur le champ des Cailles un projet inclusif (logements et terre agricole) alors que, dans les faits, le projet existant est déjà inclusif à l’échelle du quartier.

C’est pourquoi nous plaidons pour une vision à l’échelle du quartier et non à l’échelle de la parcelle du champ.

Le quartier « statistique » Trois Tilleuls dont fait partie le champ des Cailles, ainsi que les 4 autres chantiers prévus à quelques centaines de mètres de là, concentre 59.58% de logements sociaux sur son territoire, ce qui représente un réel défi en termes de cohésion sociale. La Ferme du Chant des Cailles est un des acteurs clés pour relever ce défi.

Des constats alarmants qui accentuent la nécessité d’agir

Les prévisions en matière de climat et de ressources énergétiques sont alarmantes et amènent les grandes villes partout en Europe à repenser leurs modes de développement pour des raisons d’environnement, de santé et de qualité de vie. Pour Bruxelles aussi, il est urgent de repenser l’avenir et notamment en termes d’alimentation en produits frais, sains et de proximité.

La raréfaction des terres cultivables est un obstacle majeur à la résilience des villes et est déjà une difficulté pour l’implantation et la pérennisation de l’agriculture urbaine sur le territoire bruxellois. Qui plus est, l’agriculture urbaine n’a toujours pas de statut et n’est inscrite sur aucun plan en Région Bruxelles-Capitale.

On ne peut plus ignorer les défis liés à la crise climatique, à la diminution de biodiversité et à la question de la  justice sociale et cest bien à tout cela et donc aux différents objectifs de la stratégie Good Food que répond le projet de la Ferme du Chant des Cailles.

Une demande claire : l’abandon du programme actuel de construction sur le champ

En juillet 2017, le Gouvernement bruxellois sortant a gelé le programme de construction momentanément, le temps de laisser l’étude SAULE (Symbiose Agriculture Urbaine, Logement, Écosystème- étude financée par Innoviris) se terminer (mars 2020).

Aujourd’hui, nous demandons au futur Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale d’aller encore plus loin et d’abandonner définitivement le programme de construction afin de respecter l’engagement de la stratégie Good Food consistant en ce que « les espaces cultivés pour nourrir la ville [soient] préservés et multipliés dans les projets d’aménagement du territoire ».

Vous avez le pouvoir de préserver ce laboratoire citoyen exemplaire qui contribue à la stratégie Good Food et qui construit aujourd’hui la ville de demain en privilégiant l’environnement, la santé et le savoir vivre ensemble de ses citoyens, de leurs enfants et des générations à venir.

Nous réitérons notre demande de vous engager, vous et votre parti, à :

  • soutenir le projet d’agriculture urbaine développé actuellement dans son plein potentiel;
  • abandonner le programme actuel de construction sur le champ sis avenue des Cailles à Watermael-Boitsfort;
  • pérenniser son accès à la terre par l’inscription de son activité d’agriculture urbaine dans les plans réglementaires.

En cette veille d’élections régionales, nous nous ferons un plaisir de vous accueillir afin de vous expliquer notre projet de vive voix et vous montrer les lieux.

Nous ne manquerons pas de faire le relais de votre positionnement.

L’Assemblée Générale de la Ferme du Chant des Cailles